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Ils ne se posaient pas de questions. Moi en revanche, ce qui m'emmerdait le plus, c'était que j'avais le sentiment que jamais on arriverait comme en Angleterre! Cette capacité à vendre des disques, à assumer une popularité et à rester crédible.

On retombait tout le temps dans le clivage variété/rock alternatif. Or, la démarche d'Indochine au début, c'était effectivement d'accepter de faire des grandes télés, de paraître dans la presse "jeune" mais dans la mesure où on avait le sentiment d'être vraiment différents de ce qu'on trouvait auparavant dans ces médias, genre Mike Brandt!

Or, il y avait eu une ouverture avec Téléphone, on se mettait à y trouver des groupes de rock - enfin quand je dis "groupes de rock", je veux dire "gens qui écrivent leur musique" en fait - mais ça n'a pas été perçu comme ça.

Cela étant, les choses avaient quand même changé : 1986, tu as le changement de gouvernement, les manifestations étudiantes et nous, comme on a toujours été positionnés à gauche, on se retrouve avec des problèmes de "censure" sur une chanson comme "Les Tzars", tout ça est venu en même temps.

Cela dit ça n'a pas changé la vision des choses qu'avaient les gens : Bérus, groupe alternatif, Indo, groupe commercial.

F. : Nous, le problème à l'époque et je pense que c'était une faiblesse, on ne s'occupait pas de nos affaires financières. On faisait du rock juste pour la subversion. On venait d'une mouvance amar.

On était partagés entre les Reds et les Noirs, les anarchistes et les pro-Lutte Ouvrière et c'est vrai que pour les concerts, on passait plus de temps sur les stands qui défendaient les prisonniers qu'à savoir combien on allait avoir dans la poche! Et, en 1989, quand on s'est retournés contre Bondage, c'était essentiellement pour des raisons de thunes...

N. : C'est vrai cette légende selon laquelle vous ne déclariez pas vos titres à la Sacem?

F. : Tout à fait!

N. : Tu sais donc qui a profité du fric que vous avez généré?

F. : Ouais, c'est passé en P.A.I.

N. : Ça veut dire que ça a profité à Goldman, etc. Les plus gros vendeurs en France!

"STALIENS DU ROCK"

F. : En fait, on a pu récupérer une partie de nos droits plus tard. Mais, cela dit, à l'époque, ça ne nous intéressait pas, la Sacem était vécue comme un monopole, et on ne voulait pas rentrer dans le système. Malheureusement, il est impossible d'y échapper.

C'est en 1988, qu'on a commencé à déclarer les titres, c'est moi qui ait commencé, quasiment en cachette d'ailleurs, parce que ça commençait à poser beaucoup de problèmes et que ça commençait à faire beaucoup de fric.

Mais, jusqu'à cette prise de conscience, c'est clair qu'on s'en foutait. C'est d'ailleurs probablement la cause de ça qu'on a gagné cette étiquette de "Staliens du rock" qui nous a collé à la peau. Bon, on avait une attitude sans doute politique, anti-commerciale.

N. : ...mais nettement plus radicale que les groupes de rap aujourd'hui! C'est marrant parce qu'on venait tous de ce background politique. Nous à Indo y compris. Stéphane, mon frère, était à la Ligue Communiste, etc.

F. : Ben nous au contraire, on était contre toute forme d'embrigadement. C'est ça qui est paradoxal, on avait cette image de radicaux en étant absolument contre tout dogmatisme. Pour certains, on était des skins. Pour les skins, on était des Communistes qui pensaient eux-mêmes qu'on était des anars!

Et quand, en 1988, on a fait "Sampan" pour les réfugiers d'Asie du Sud-Est, tout le monde nous a accusés de soutenir les réactionnaires d'Indochine! De toute façon, je crois que les gens aiment bien te mettre dans des petites cases, un point c'est tout.

N. : Cela dit, on avait des thèmes qui étaient proches. "L'Empereur Tomato Ketchup" qui était un film que j'adorais, j'avais voulu faire une chanson dessus, mais trop tard, ça avait été fait... "Zéro de conduite", etc.

Ce genre de mouvance parce que pour moi, le rock, même à l'âge que j'ai aujourd'hui, ça reste quelque chose de rebelle. Pas forcément porteur d'un message ou d'un espoir mais, en tout cas, capable de provoquer des choses chez certains mômes.

Une réflexion sur le sexe, le social, la religion... Et je me souviens qu'il y avait certains thèmes qui nous rapprochaient... J'avais écrit une chanson qui s'appelait "Hors-la-loi" notamment. Cela dit, c'est clair, ça n'a pas la même gueule quand c'est diffusé sur NRJ ou sur une radio alternative!

F. : Encore que NRJ ait bien aidé au départ. C'est eux qui ont diffusé les premiers "Emperor...". Faut reconnaître que jusqu'en 1984-1985, il était possible de faire passer pas mal de choses.

Je me souviens que jusqu'en 1983, c'est moi qui écrivais directement ce qui nous concernait dans les dépêches de Best (rires)! L'agit-prop se faisait vraiment à la base! Après, ça a été différent, il y a eu du monde aux concerts donc les médias ont essayé d'attiser la rivalité...

N. : Mais cette guéguerre alternatifs/commerciaux, je pense que ça a beaucoup pollué l'ambiance... et ça a mis le doute dans l'esprit d'un public qui commençait juste à évoluer en France. Nous, on l'a vu avec Indo.

En 1981, profitant de la dynamique new wave Depeche Mode, Cure, U2, les gens à nos concerts sont des fans de rock entre vingt et vingt-cinq ans. Et, en 1984, ce ne sont plus que des mômes de treize ou quatorze ans!

Entre les deux dates, devine quoi? Alors, c'est clair l'ambiance était polluée. Je ne sais pas rétrospectivement ce qu'il aurait fallu faire, je ne dis pas s'unir, mais en tout cas, c'est dommage parce qu'on a raté la coche.

Je sais que ça m'a vraiment énervé à un moment parce que je nous ai toujours sentis pas si éloignés que ça sur le fond... Et puis, voir l'argent généré par les Bérus partir... Parce que, je ne sais pas exactement, mais vous avez vendu beaucoup de disques...

F. : Non, pas tant que ça en fait. Tu sais, les Bérus, c'est surtout un phénomène, une référence, un mythe mais en sept ans, je crois qu'on a fait deux cents concerts, ce n'est pas énorme. Mais, on a toujours tapé juste, au bon endroit.

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